Chapitre 1

Une ferme urbaine utile

Mode de production à visée commerciale, outil de sensibilisation à la transition écologique ou encore vecteur de lien social, il existe de nombreuses manières de donner une orientation spécifique à son projet d’agriculture urbaine… Avec la ferme Capri, la Cité de l’agriculture expérimente un modèle d’Économie Sociale et Solidaire qui requiert de bien cerner l’utilité sociale du projet afin de définir des partenaires pertinents, de donner des indications sur la forme juridique du projet ou encore d’orienter le projet vers des financements adéquats.
L’AVISE définit l’utilité sociale comme étant une “utilité collective et une plus-value en termes de transformation sociale, elle prend en compte les publics fragilisés, contribue à la cohésion sociale et renforce l’autonomie des personnes ». Ainsi, si cette utilité sociale peut être comprise de manière diffuse, il existe des cadres préexistants permettant de structurer et de présenter clairement les intentions prioritaires du projet.
Par exemple, du fait de l’opportunité rare de trouver 8 500m2 de pleine terre, bien ensoleillé et situé dans le 15e arrondissement de Marseille, la Cité de l’agriculture développe une ferme urbaine à la fois productive et ancrée dans son territoire, contribuant ainsi à rendre la ville plus écologique et socialement acceptable. La ferme Capri produit des fruits et légumes frais à prix accessibles pour les voisin·e·s de la ferme, en vente directe ou à travers ses partenaires, tout en assurant des heures d’ouverture gratuites pour les visites libres et l’initiation au jardinage. Elle complète ses activités par des prestations éducatives ou événementielles.

Définir les intentions prioritaires du projet en lien avec des enjeux et politiques de territoire

L’utilité sociale peut se déployer dans pléthores dimensions pouvant être considérées comme utiles. Pour déployer son projet en considérant son rôle transformateur de la ville, il s’agit de le lier au contexte politique et stratégique local. Pour cela, des cadres théoriques existent déjà et sont appliqués par divers interlocuteur·ice·s, tel·le·s que les Objectifs du Développement Durable définis par l’ONU ou encore les fonctions et services écosystémiques agriurbains.
Illustrations :

Voici quelques exemples de fonctions que peut remplir l’agriculture urbaine afin de répondre aux objectifs de développement durable ou à des services écosystémiques :

Il est désormais clair que l’AU (Agriculture Urbaine) ne nourrira pas la ville. Sa plus value réside aussi dans son potentiel de vecteur de lien social et de sensibilisation à l’agroécologie. Néanmoins, les fermes et jardins peuvent contribuer à cet ODD (objectifs de développement durable) en reconstituant des chaînes d’approvisionnement locales et résilientes, que ce soit en mettant à l’honneur des produits de niche ultra-frais, en apportant un complément alimentaire pour les jardinier·e·s ou client·e·s de la ferme ou en constituant un réseau de point relais d’une alimentation locale, fraîche et de saison.

En proposant des paysages agréables et propices à l’activité physique en extérieur, de la simple promenade à l’effort physique du travail à la ferme, l’agriculture urbaine répond améliore la qualité de vie dans des villes toujours plus peuplées et plus denses.

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En multipliant les espaces verts et agricoles, l’AU est facilite l’accès à la nature propice aux rencontres en ville, vecteurs d’inclusion intergénérationnelle et multiculturelle.

En développant des circuits d’approvisionnement courts, l’AU sensibilise et fait prendre conscience des enjeux de l’agriculture dans son ensemble. En utilisant les déchets de la ville, en recyclant l’eau ou en réhabilitant le bâti et les espaces délaissés, l’AU s’inscrit dans l’économie circulaire indispensable à une consommation de ressources responsables.

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En maintenant des sols vivants et riches en matière organique, terreau d’îlots de fraîcheur, l’AU contribue à la séquestration du carbone dans le sol et à l’atténuation des effets du changement climatique

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l’AU développe des espaces particulièrement propices à la conservation de la biodiversité cultivée, en particulier des variétés anciennes ou oubliées, délicieuses mais sensibles au transport ou avec une faible durée de conservation. De plus, quand l’agriculture urbaine se déploie avec des pratiques agroécologiques, elle maintient un usage du sol compatible avec le foisonnement de la biodiversité spontanée (en comparaison avec de la bétonisation par exemple).

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Ces cadres théoriques interagissent : un projet remplissant ses fonctions rend des services écosystémiques à un territoire ayant pour objectif de se développer de manière durable.
Ainsi, avoir une vision des principaux enjeux pour le développement et l’aménagement du territoire dans lequel on s’insère est une étape pour s’assurer de l’utilité de son projet. Il s’agit aussi de connaître les politiques publiques en cours ou à venir. Néanmoins, il n’est pas possible de mener de front toutes ces fonctions, en même temps et avec un même niveau de priorité : c’est là qu’intervient le cadre logique.

Vous souhaitez structurer et présenter clairement vos idées ?

Le cadre logique est un outil répondant aux besoins de cadrage de projet, et ce, à plusieurs étapes de la vie du projet :

D’abord, il permet de définir et structurer les idées de base. Ainsi, l’ensemble devient lisible pour soi mais aussi pour d’autres interlocuteur·ice·s, parfois tenté·e·s de se référer aux seuls axes du projet les concernant prioritairement.

Ensuite, un tel cadre facilite le pilotage et l’évaluation du projet. En effet, il permet de réajuster le cap stratégique selon les réalités opérationnelles. Enfin, identifier les objectifs clés du projet permet de valoriser par des indicateurs ou des témoignages (développement).

Mais comment ?

Il s’agit d’un tableau à remplir (un cadre). Pour ce faire, il faudra questionner le pourquoi du comment de son projet (logique!).

  • “Pourquoi mon projet existe-t-il ?” interroge la finalité (vision/valeur portée par le projet sur du long terme et liées intrinsèquement aux personnes fondatrices) et l’objectif général (contribution indirecte du projet à un secteur d’activité/groupe (moyen terme), en lien avec les enjeux et politiques territoriaux.
  • “Quelle est la proposition de mon projet ? et pour qui ?” interroge l’objectif spécifique (but direct de mon projet, faisable sur l’horizon de temps et sur le territoire délimité du projet) et les résultats attendus (changement positif apporté directement par votre projet au public cible) du projet.
  • “Comment le projet peut-il accomplir son utilité sociale ?” interroge les activités et moyens de fonctionnement considérés pour atteindre les résultats escomptés, répondant ainsi aux objectifs susnommés. 

– Modèle de cadre logique vierge à remplir

Business model CANVAS – externalités sociales et environnementales

Cadre logique de Capri 

Dans notre cas, le projet de ferme urbaine a évolué de manière organique, selon les opportunités de la recherche de foncier, au fil des phases de concertation et surtout, en adoptant une démarche d’essais-erreurs sur le terrain. Néanmoins, la ferme Capri s’est prêtée au jeu rétroactivement du cadre logique: voici une coupe transversale de la ferme Capri à sa première année :

 

Comment lire ce tableau ?

[POURQUOI ?] A titre d’illustration, une des finalités de la ferme Capri est de contribuer à une société sobre, saine et juste à travers un objectif général de facilitation de l’accès à des produits frais, sains et locaux pour tout·e·s. 

[QUOI ?] Pour atteindre cet objectif, il s’agit spécifiquement de cultiver agro écologiquement des produits, vendus à prix abordables localement et en circuit court : sur site, à proximité et à des associations d’accès à l’alimentation durable ou d’aide alimentaire.

[POUR QUI ?] En atteignant ces objectifs spécifiques, les voisin·e·s de la ferme – clientèle sensible à la qualité des produits consommés mais souvent contrainte à considérer l’alimentation comme une variable d’ajustement budgétaire – disposent de produits frais, locaux et de saison, quel que soit leur budget.

[COMMENT ?] Pour constituer une telle offre de produits frais et accessibles, le maraîcher de la ferme Capri s’active à cultiver des des plantes aromatiques, fruits et légumes reflétant les cuisines de nos client·e·s tout en équilibrant le modèle économique avec d’autres activités ou d’autres productions rémunératrices. Par ailleurs, ces activités répondent à d’autres finalités et d’autres utilités sociales.