Capri, la ferme de la Cité de l’agriculture

©Edwige Lamy

Capri est une ferme de verger-maraîchage diversifiée de 8500m2 dans le 15e arrondissement de Marseille. La production agricole est respectueuse du vivant et vectrice d’échanges et de rencontres portant sur la transition agroécologique.

Pour passer de l’idée germée à la terre cultivée, il aura fallu 3 ans : 2021 est la première année de mise en culture et d’ouverture au public. Du pourquoi au comment, cet article répond aux questions les plus fréquentes concernant Capri, ferme de verger-maraîchage ouverte à toutes et tous.

Une ferme … en ville ? Mais pour quoi faire ? 

Loin des yeux … loin du cœur. Les ceintures maraîchères autour des villes se délitent à mesure que les moyens de transport et de conservation d’aliments se développent. Il est désormais commun de manger des tomates en toute saison et des bananes venant de l’autre bout du monde. 

Cet éloignement géographique s’accompagne naturellement d’une perte de liens entre les milieux ruraux et urbains, pourtant tous deux en crise. Tandis que les urbains perdent de vue les réalités de la production agricole, l’accès à une alimentation durable est inégal en ville. Si -fort heureusement- des circuits d’aide alimentaire existent, ils constituent trop souvent un débouché pour les surplus d’un système productiviste non pérenne. La boucle est bouclée et rien ne change ! A l’autre bout de la chaîne, les agricult.eur.rice.s font face à de lourdes difficultés économiques, des crises sanitaires et climatiques à répétition et à des impératifs environnementaux et sociétaux. 

En parallèle, la terre arable est une ressource précieuse qui se raréfie sous la pression de l’étalement urbain. Les espaces agricoles et naturels disparaissent comme peau de chagrin : à leur place, des friches spéculatives, des pavillons périurbains, des zones d’activités.

Ainsi, ramener l’agriculture en ville est une manière de renforcer les liens entre villes et campagnes : 

  • en montrant les efforts et les innovations existants pour une agriculture locale et vertueuse, 
  • en retrouvant les échanges de services et de flux de matières entre agriculture, 
  • et en affirmant la nécessité de conserver les sols agricoles, quitte à les reconquérir en ville !

“Mais pourquoi êtes- vous dans le 15e arrondissement de Marseille ?”

Le 15e arrondissement de Marseille est marqué par des difficultés d’accès économiques et géographiques à une alimentation durable. Pourtant, l’agriculture et l’alimentation poussent déjà dans les interstices du béton : des pratiques informelles de jardinage s’enracinent dans les moindres recoins, des générations racontent leurs précédentes vies rurales et agricoles à des enfants s’étonnant d’une ferme sans animaux. 

“Mes grands-parents étaient agriculteurs en Algérie” – un voisin de Bassens.

“La ferme Capri ? Ah oui ! Là où on allait prendre les épinards [NDLR : sauvages]!”

Quelques habitant.e.s s’impliquent déjà dans diverses formes d’agriculture urbaine : poules et bouts de jardins en pied d’immeubles, jardins partagés, cueillettes urbaines… Pourquoi pas un lieu multifonctionnel, alliant production agricole et ouverture à l’échange, à la rencontre et à la détente ?

Ainsi, parce que l’agriculture et l’alimentation sont des sujets qui concernent toutes et tous, la Cité de l’agriculture déploie une série d’actions, de la fourche à la fourchette. Entre ateliers cuisines, groupement d’achats collectifs et marché convivial, la ferme Capri est un des projets de la Cité de l’agriculture visant à encourager la transition agroécologique.

“ Mais c’est possible de produire en ville ?”

En cette première année de mise en culture, plus de 40 fruits et légumes différents sont cultivés par Poussy, la maraîchère de la Cité de l’agriculture, sur environ 3500m2.

Ce lancement de la production fait suite à un long travail d’identification et d’accès du foncier, de concertation avec les habitants, d’analyses du sol et de réhabilitation de la friche (conception de la ferme, reconfiguration du site, sous-solage, amendements).

“ Et vous produisez vraiment ?”

L’objectif pour cette première année de mise en culture est d’appréhender progressivement le terrain et de laisser le temps à la faune et la flore de constituer un écosystème vivant, stable et propice aux cultures. Ainsi, des engrais verts ont été semés sur ⅓ du terrain pour enrichir et structurer naturellement le sol. Nous avons également implanté des plantes compagnes et des plantes pérennes nécessitant plus de temps avant d’être productives (arbres fruitiers, arbustes, etc.).

Les chiffres de récolte pourront être communiqués en fin de saison et seront suivis d’année en année !

“Et vous en faites quoi de la production ?”

La production est vendue directement à la ferme.

Ainsi, Capri produit avant tout des légumes du quotidien : tomates, courgettes, salades, blettes, etc. De plus, nous testons la production de légumes peu cultivés en France et qui s’inscrivent dans les différentes cultures culinaires de nos voisin.es (gombos, piments, christophines, etc.).

Pour s’assurer de proposer une offre accessible, des relevés de prix de fruits et légumes ont été organisés dans les lieux d’achats usuels des habitants. Ces lieux requièrent souvent de prendre la voiture ou de multiplier les correspondances en transports en commun. En plus d’être rares, ces points de vente n’offrent que très peu de produits frais, et encore moins de produits relevant de l’agriculture biologique. Quand cela est le cas, ni la fraîcheur des produits ni leur prix ne sont satisfaisants.

Ainsi, il s’agit de se positionner dans un équilibre subtil entre cohérence avec les prix bas opérés par les grandes surfaces et les marchés tout en gardant de vue la sensibilisation à une rémunération digne des agriculteur.rices.

“Donc, on peut venir à la ferme… mais pour y faire quoi ?”

Capri est avant tout une ferme pour les habitant.e.s des quartiers voisins.

En effet, la ferme produit des fruits et légumes vendus à prix accessibles aux personnes visitant la ferme. Elle propose également des temps de bénévolat pendant lesquels motivé.e.s et jardinier.e.s en herbe peuvent venir s’impliquer sur la ferme. 

Capri ouvre ses portes un jour par semaine aux bénévoles venant soutenir les activités agricoles et aux promeneur.ses venant discuter, observer les évolutions de la ferme, participer à des chantiers ou encore acheter de bons et beaux produits locaux : ce sont les Mercredis à Capri.

Horaires d’été : De juillet à août, les horaires sont modifiés pour bien vivre les pics de chaleur. 
Bénévolat – mercredi de 8h à 12h, avec repas partagé avec les légumes de la ferme.
Vente de légumes – mardi, mercredi, jeudi, de 18h à 20h. 
Horaires toute l’année : Bénévolat – mercredi à partir de 10h, avec repas partagé avec les légumes de la ferme.
Accueil du public et vente de légumes – mercredi à partir de 14h.

Occasionnellement, quelques événements constituent des occasions de se retrouver à la ferme : cinéma en plein air, pique-nique de quartier, etc. Les premiers événements ont eu lieu à l’occasion des 48h de l’agriculture urbaine, le 25-26-27 juin.

Capri est aussi un support pour des activités conviviales et pédagogiques à destination de publics divers (scolaires, familles, centres sociaux, etc.). Ces activités sont des moments d’échange de pratiques et de partage des connaissances afin de renouer avec l’agriculture et de s’approprier la transition agro-écologique.

Une programmation riche et éclectique  autour des différents métiers et enjeux d’une ferme urbaine est en cours de réflexion : du compost, à la biodiversité, en passant par la fabrication de cosmétiques naturels, par le jardinage pédagogique, la pollinisation ou encore mieux conserver ses aliments ! 

Saisonnalité ? Localité ? Cuisiner quoi et comment ? Capri est un espace d’apprentissage et de transmission, de liberté d’expression et d’échanges sur l’écologie en ville.

L’association Télémaque, Silver Fourchette, les écoles voisines et les jeunes de ADDAP 13 et de nombreuses personnes ont eu la chance de déjà participer à nos activités.

Affaire à suivre !

“Et les habitants, ils en pensent quoi ?”

Pour recueillir la parole des habitants et s’ancrer dans le territoire, nous sommes allés à leur rencontre à travers diverses phases de concertation, de l’arpentage, de la communication de proximité et avec la construction de partenariats locaux (ADDAP13, écoles, collèges, associations d’habitant.e.s, centres sociaux, etc…).

La concertation préalable a permis de rassurer les habitant.e.s les plus inquiet.e.s et d’affiner le projet avec eux. L’arpentage dans les quartiers avec l’ADDAP13 permet de mieux comprendre, dans une humble mesure, les réalités et la dynamique de nos voisin.e.s. La communication de proximité (affichage dans la rue, mobilisation de structures “relai”) est ce qui semble le mieux fonctionner auprès des voisin.es (70% des visiteur.ses viennent par bouche à oreille !).

Se faire connaître par les habitant.e.s reste un travail de longue haleine. Néanmoins, nous avons déjà des retours positifs et quelques client.e.s et visiteur.euses régulier.e.s se font connaître. Voyez plutôt : 

« C’est super que vous fassiez tout ça ici, avant personne n’en faisait rien, là c’est super beau !« 
“On n’a plus l’impression d’être à Marseille, d’être en ville !”
« C’est génial ! ça donne envie de venir travailler, c’est comme si on était en pleine nature. Je reviendrai avec ma mère »
“[Capri] m’a plu et comme j’en avais marre d’être sur mon téléphone, je me suis inscrit ici” – Enzo Cortès, 10 ans, paroles recueillies par M.Fournié (La Marseillaise – 20/06/21)

Milla Pham Le

Article précédent
Apprenti.e assistant.e administratif.ve et de gestion
Article suivant
Recrutement : Coordinateur.ice de projets en agriculture urbaine – Fédération de Réseau

Articles liés

Aucun résultat.

Menu