Comment consommer du poisson de façon responsable?

Les français.e.es sont, à l’échelle de l’Europe, parmi les plus petit.e.s consommateur.ice.s de poisson, avec une moyenne par habitant.e de seulement 34 kg par an en 2018 (FAO). De surcroît, cette consommation est en baisse. Les « millenials » apparaissent désormais comme les plus grand.es consommateur.ice.s de poisson. Si les consommateur.ice.s de poisson recherchent plus de produits locaux, issus d’une pêche responsable, il peut parfois être compliqué d’identifier comment et où choisir ces produits. Petit tour d’horizon de la pêche durable. 

La consommation de poisson n’est pas mauvaise pour la santé, bien au contraire.

Riches en acides gras essentiels (notamment en oméga 3), les poissons gras (saumon, sardine, maquereau etc.) permettent notamment de prévenir les maladies cardiovasculaires et de maintenir un bon fonctionnement du système nerveux. Ils sont également source de nombreuses vitamines, de minéraux et de protéines de bonne qualité nutritionnelle. Pour ces raisons, le PNNS (Programme National Nutrition Santé), conseille de consommer deux repas par semaine à base de poisson. En pratique, seul.e.s 3 français.e.s sur 10 respectent ces recommandations nutritionnelles. Il faudrait donc, selon le PNNS, consommer plus de produits de la mer. Dès lors, dans un contexte de sur-pêche globale, se pose une question : comment concilier une consommation de poisson régulière avec des comportements alimentaires respectueux de l’environnement ? 

Or, actuellement, aucun stock de poisson n’est considéré en bon état dans le monde. Selon l‘Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer, la surpêche touche encore 26% des populations, et 2% sont considérées comme « effondrées », comme le cabillaud en mer Celtique. Côté Méditerranée, la situation reste préoccupante, malgré la reconstitution de la population du thon rouge.” De plus, l’état des stocks halieutiques mondiaux est catastrophique : 33,1 % des espèces sont surexploitées et 59,9 % exploitées à la limite durable maximale selon le bilan 2018 de la FAO. En Méditerranée, le taux de surexploitation se porte à 62 %. 

Néanmoins, le marché du poisson est très porteur puisqu’il rapporte 143 milliards de dollars en 2017, avec pour premier producteur la Chine. La France subit une concurrence importante, avec les 2/3 des poissons consommés venant de l’extérieur du territoire. Cela a des conséquences directes sur les petits producteurs locaux (France AgriMer, 2016).  

La pêche durable pourrait être une réponse à ce constat alarmant

La pêche durable pourrait être une réponse à condition d’en définir les contours, les techniques et les indicateurs de qualité. En effet, aucune définition officielle n’est acceptée par tous les acteurs. Néanmoins, les critères communs : limiter le volume de poissons pêchés, choisir parmi les espèces et adopter certaines pratiques de pêche. 

En pratique, privilégier les petits pêcheurs serait l’option la plus durable. En effet, la petite pêche est par essence plus respectueuse de l’environnement car les volumes pêchés sont plus petits, les techniques plus sélectives, centrées sur l’espèce recherchée ce qui préserve des rejets. Les consommations de carburant sont également bien plus faibles pour ce type de pêche et plus efficaces (plus de poissons pêchés pour la consommation de carburant) (Jacquet et Pauly, 2008). La petite pêche représente par ailleurs 25 fois plus d’emplois que la pêche industrielle, elle est pourtant largement moins subventionnée (Seafood Report). 

 

 

Une autre clé de choix : les labels. Mais sont-ils efficaces pour guider nos choix ? 

Des labels dédiés existent pour la pêche. Sur le marché français des produits marins, les consommateurs ont le choix entre des produits de la pêche (poissons et coquillages sauvages) et des produits d’aquaculture (élevage). 

Pour les produits de la pêche, deux références dominent : le label mondial privé MSC (Marine Stewardship Council), créé il y a 20 ans par l’ONG WWF et le groupe agroalimentaire Unilever et le label national « écolabel pêche durable » lancé par FranceAgriMer en 2014. 

Pour être certifié MSC, une pêcherie doit respecter 3 conditions assez vagues : assurer des stocks de poisson durables, un impact environnemental minimisé et une gestion efficace des pêcheries. On retrouve le label MSC sur les conserves (boîte de thon par exemple), les surgelés, les bâtons de surimi ou de crabe et les plats préparés à base de poisson. 

Concernant l’éco-label pêche durable, les pêcheries doivent être attentives à l’impact de la pêche sur l’écosystème entier (sur les poissons pêchés mais également sur les autres), réduire l’impact environnemental global de l’activité (notamment vis-à-vis des déchets, de la consommation de carburant), garantir une qualité des produits élevée. Ce label inclut également une dimension sociale, puisqu’il s’attache à garantir des conditions de vie et de travail bonnes pour les équipages ainsi qu’un certain niveau de formation et de sécurité. Cependant, selon l’association Bloom : “Ce label ne constitue pas, pour l’instant, un garde-fou suffisant contre les pratiques destructrices ou peu éthiques comme le chalutage profond, la pêche minotière, la pêche électrique ou encore la senne danoise”. Concernant le label MSC, des chercheurs de l’Institut océanographique de Kiel, en Allemagne, ont observé que l’évolution des stocks des poissons labellisés MSC ne s’améliorait pas entre 2006 et 2012, soit un impact discutable du label.  (source : https://www.francetvinfo.fr/sante/alimentation/video-peche-durable-le-label-cree-par-le-wwf-pour-proteger-les-oceans-est-il-efficace_4291725.html

 

Ces labels, comme la majorité des autres “éco-labels”, est principalement applicable à la pêche industrielle. La multiplication des labels les rend par ailleurs illisibles, les critères sont souvent inconnus, ce qui ne facilite pas nos choix !

Il est donc sage de différencier la pêche industrielle de la pêche artisanale, une pêche locale, respectueuse des saisons et des stocks halieutiques. Le moyen le plus sûr de favoriser une pêche durable est de favoriser le circuit court et donc de consommer local ! 

 

Entretiens

Nous avons rencontré Stéphane Chevé, artisan fumeur de poisson, pour connaître son opinion sur la pêche durable et sa connaissance du terrain. Saler et fumer les poissons a un intérêt à la fois de conservation et gustatif. Selon lui, la réglementation en Méditerranée assure des pratiques de pêche durables et responsables. Il choisit des poissons diversifiés, du terroir méditerranéen. Il observe néanmoins qu’il est plus difficile pour des particuliers de consommer des poissons locaux, puisque la quasi-entièreté de la pêche est destinée aux restaurateurs. Le poisson de Méditerranée est de surcroît plus cher, car protégé par des distances de pêches, des pratiques, des zones et périodes de pêche. Ainsi, les consommateurs doivent souvent choisir entre des poissons venant de loin, peu chers et disponibles dans plus de lieux de ventes et des poissons locaux, difficiles à sourcer et plus onéreux. En conséquence, il faut pour lui s’approvisionner dans le vieux port, où les prix des produits locaux sont encore abordables. Plus d’infos sur son site internet : ici

Christian Qui – initiateur de l’association La Bouillabaisse du Turfu, est également partisan de s’orienter vers le vieux port pour des poissons locaux et « durables ». Il cuisine quant à lui des bouillabaisses, en sublimant les produits de la mer locaux. Il choisit ses produits frais selon les arrivages des producteurs, ce qui l’amène à créer une grande diversité de recettes. Si vous voulez déguster cette délicieuse bouillabaisse, rdv à la Cité de l’Agriculture.

D’autres initiatives

L’initiative Poiscaille, créée par Charles Guirrec, répond à un besoin de circuit court de la pêche durable. Sa spécificité : les achats se font en ligne. Avec un abonnement, les consommateurs reçoivent alors des casiers de la mer constitués de poissons et de coquillages. L’initiative est ressemblante au principe des AMAP. Les principes soutenus par Poiscaille, des petits pêcheurs, qui utilisent des embarcations de peites tailles, avec des équipages limités à 3 personnes et des sorties à la journée. Les casiers se vendent à 20 euros, pour 2 à 3 personnes. Les petits pêcheurs bénéficient d’un revenu assuré, décent, plus élevé que ce qu’ils auraient dans le commerce, ce qui leur permet d’avoir une qualité de vie meilleure, plus de temps personnel et les motive à aller vers des méthodes de pêche durables. Les poissons vendus sont très variés. Les mangeurs sont donc amenés à apprendre à cuisiner de nouvelles formes de poissons. La qualité est assurée avec moins de 48h de la pêche à l’assiette. Les consommateur.rice.s peuvent également savoir d’où viennent leurs produits, sur le site internet, connaître le pêcheur et les techniques de pêche. Ces informations peuvent rassurer les consommateur.rice.s, devant l’illisibilité de certains labels et le manque de critères pour s’assurer d’une pêche responsable. Comme pour les AMAP, Poiscaille tire son épingle du jeu en réduisant le nombre d’intermédiaires. 

Un autre outil intéressant : l’application Mr Goodfish, pour choisir son poisson en fonction de la saison, des périodes de reproduction, de l’état des stocks et d’un cahier des charges spécifiques. 

 

En résumé, les labels autour de la pêche durable existent, pour guider les choix de consommation, même s’ils sont peu lisibles. D’ici une amélioration de ces labels, soutenir les petit.e.s producteur.ice.s locales.aux reste la meilleure façon de s’assurer de la bonne qualité des produits, des méthodes de pêche et de recréer du lien sur le territoire.  

 

Sources : 

Actes de la Journée des Innovations pour une Alimentation Durable JIPAD 2019

https://www.montpellier-supagro.fr/sites/supagro/files/documents/2019/09/27/01-jipad2019_web_23sept.pdf 

Pnns.  Site mangerbouger

https://www.mangerbouger.fr/PNNS

2018 Seafood Report : a new era for seafood in France, Norwegian Seafood Council

Anses. Manger du poisson 

https://www.anses.fr/fr/content/manger-du-poisson-pourquoi-comment

FAO, 2018, la situation mondiale de la pêche et de l’aquaculture

http://www.fao.org/3/i9540fr/i9540fr.pdf

 

 

Laura Guffet & Ambre Cartier

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