Les paniers bio solidaires de la Calade (13015) : retour en chiffres-clés d’un dispositif expérimental

De  novembre 2020 à avril 2022, la Cité de l’agriculture a  expérimenté les paniers solidaires en partenariat avec le centre social MPT Saint Louis, les Paniers Marseillais et l’association du Panier de la Calade. 

En portant ce dispositif, la Cité de l’agriculture souhaitait, d’une part, rendre disponible des paniers légumes à prix accessible, et d’autre part, comprendre les tenants et aboutissants du projet : sa portée, ses conditions de réussite, ses pistes d’améliorations et les leviers de sa réplicabilité. 

Ainsi, à l’occasion de la fin de sa participation aux Paniers solidaires, la Cité de l’agriculture souhaite mettre en avant les rouages du projet à travers ce bilan en chiffres. Ce premier article sera complété par deux autres publications à venir en septembre : un article approfondissant les leviers et les freins d’accès aux paniers s’appuyant sur une enquête qualitative auprès de nos adhérentes ; ainsi qu’une revue Ingrédient du collectif d’auteur Bouillon de Noailles illustrant le rapport des adhérentes à l’alimentation à travers des rencontres culinaires.

Sur les 17 mois du projet, 1 maraîcher a produit 774 paniers de légumes biologiques, locaux, frais et de saison à travers 72 distributions organisées à La Calade (13015). Le projet s’est déployé en plusieurs étapes : 1 phase de test d’1 mois et 3 phases d’adhésion de 6 mois renouvelables. En complément de ces paniers-légumes, 6 activités et visites, dont une chez leur maraîcher, ont été des moments de rencontres et d’échanges éclairants.

  • Un engouement pour les paniers solidaires : découverte de l’alimentation durable ou moyen d’agir en accord avec sa vision d’une alimentation de qualité ?

Sur l’ensemble des saisons du projet, 29 femmes ont adhéré aux Paniers Solidaires. Pour 10 d’entre elles, la première expérience a conduit à une nouvelle adhésion et elles ont renouvelé leurs contrats sur plusieurs saisons, plébiscitant la qualité des produits (i.e. leur fraîcheur, leur goût et leur durée de conservation à domicile) et la convivialité générée par le dispositif. Les 19 autres personnes, jugeant le dispositif trop contraignant, n’ont pas donné suite à leur contrat d’essai ou ont souhaité interrompre leur contrat à mi-saison. Ce  faible taux de réinscription est une limite bien identifiée des dispositifs de paniers légumes :  les facteurs déterminants de cette adhésion sur la durée sont l’engagement citoyen et la satisfaction des produits et du dispositif. Ainsi, l’approche flexible adoptée encourage les curieux.ses à s’essayer à un mode de consommation durable en dépassant les éventuels blocages tels que le bio c’est pas pour moi, le bio c’est trop cher , méfiance envers les signes de qualité..

A la 3e phase d’adhésion aux paniers solidaires, seulement 1 personne sur les 14 adhérentes a abandonné leur contrat. Ces observations suggèrent que si ces paniers bio solidaires peuvent tout à fait être pertinents dans les quartiers prioritaires de la ville, une fidélisation ne peut s’opérer que de manière progressive. En effet, après une phase d’ajustement marquée par de nombreux contrats non tenus sur la durée, le bouche-à-oreille a permis la constitution d’un groupe stable d’adhérentes. La cohésion et la stabilité des adhésions ont été facilitées par différentes actions : l’entraide et le covoiturage pour la récupération des paniers ou encore les échanges de recettes sur le groupe Whatsapp réunissant tous.tes les adhérent.es aux paniers, solidaires ou classiques. Toutefois, ces leviers de fidélisation des adhérentes requièrent un horizon de temps long et une pérennité financière loin d’être assurée.

Ainsi, si ce mode d’approvisionnement ne convainc pas toujours, les paniers solidaires sont un moyen de découvrir un système de consommation alternatif. 

Par ailleurs, ce dispositif a touché exclusivement des femmes, seules ou en charge d’un foyer, qui sont souvent déjà sensibles à la qualité de leur alimentation. Pour elles, coût de la vie et contraintes du quotidien restent le nerf de la guerre. Se pose alors la question de l’objectif premier de ce dispositif : doit-il surtout constituer un outil de découverte s’adressant à des publics plus éloignés des sujets alimentaires ? Ou doit-il, avant tout, représenter un moyen d’accès, notamment économique, à une alimentation durable pour des personnes déjà convaincues ?

  • Des paniers-légumes pour toutes celles qui le veulent… ou celles qui le peuvent ?

Dans les quartiers prioritaires de la ville comme ailleurs, la consommation de paniers de fruits et légumes implique des habitudes et des pratiques convenant à certaines personnes mais présentant des contraintes difficilement dépassables pour d’autres. 

En effet, tandis que certaines personnes déplorent la faible diversité de légumes inhérente à leur saisonnalité (surtout en hiver), d’autres adhérentes s’accommodent de cette contrainte agro-écologique. Elles se prêtent volontiers au jeu en déployant diverses stratégies : chercher de nouvelles recettes sur internet, avec l’appui de leurs enfants ou du groupe Whatsapp ; participer aux ateliers cuisine du centre social ; stocker (conserves, congélation) ou distribuer aux proches les aliments trop redondants du moment.

D’autres freins évoqués par nos adhérentes sont d’ordre pratique : les déplacements hebdomadaires représentent une difficulté majeure pour des personnes exposées à des problèmes de santé et de mobilité ou encore pour celles travaillant de nuit ; les cuisines des adhérentes sont trop petites ou peu fonctionnelles ; les centres sociaux sont soumis à des normes d’hygiène collective rendant difficile la mise à disposition de cuisines. Cette expérience a toutefois montré que ces contraintes pratiques et sociales peuvent être adoucies par de l’entraide entre adhérent.es ou par la mise à disposition de lieux et d’ustensiles de cuisine. Néanmoins, la question financière reste incontestablement une préoccupation majeure pour nos adhérentes.

  • Une solidarité économique dépendante des aides publiques incertaines

Le dispositif de paniers repose sur de l’entraide entre l’agriculteur.ice et les adhérentes. 

En effet, le maraîcher fait un effort financier de 1€ sur les paniers, vendus habituellement à 17,5€. Ce prix de marché des paniers bio, locaux, fraîchement cueillis est inabordable pour les adhérentes interrogées, même s’il est reconnu par celles-ci comme étant le “juste” prix pour le travail du maraîcher. Les adhérentes choisissent d’acheter leur panier à  7, 8 ou 10€, une somme conséquente dans leur budget : toutes ont déclaré qu’au-delà de ces prix, elles ne pourraient pas continuer à adhérer aux paniers solidaires. Le delta restant est assumé par des financements publics et privés : dans notre cas, la Cité de l’agriculture a complété le budget des Paniers Solidaires en mobilisant ses fonds propres.

Ainsi, un même financement soutient directement et simultanément l’accès à des aliments durables de mangeur.ses en situation de précarité ET le modèle économique de l’agriculteur. Ce soutien est particulièrement appréciable considérant que la reprise des activités du “monde d’avant” a provoqué de nombreux abandons d’adhésions à plein tarif. 

Néanmoins, la dépendance de ce modèle solidaire aux subventions et à leurs conjectures politiques génère une grande fragilité. De plus, les horizons de temps incertains des financements limite le déploiement à plus grande échelle de ce mode de consommation : malgré un nombre croissant de personnes intéressées, le nombre de contrats solidaires est aussi limité afin de ne pas déséquilibrer le modèle économique du maraîcher qui prépare son plan de culture bien en amont de la saison et en l’intégrant à des rotations prévues sur du long terme. Ainsi, la vulnérabilité économique des Paniers Solidaires cantonne ses retombées positives à une échelle locale, un nombre limité de personnes et à un temps court. Si la vision « projet » peut s’avérer pertinente pour concrétiser des mesures favorisant l’amélioration de la sécurité alimentaire à court terme, un changement de paradigme est nécessaire pour impulser des mutations systémiques et des réponses politiques, à la hauteur des enjeux structurels de justice sociale et écologique.

Incontestablement, les paniers solidaires apportent un soutien pour un maraîcher engagé tout en fournissant des fruits et légumes sains, bons, frais à des prix abordables pour tous.tes. Se faisant, les paniers tissent des moyens d’agir et de s’entraider pour des personnes souhaitant se saisir de leur alimentation. Pour d’autres, moins familiarisées avec ces thématiques, les paniers peuvent se révéler un moyen de lever certains a priori vis-à-vis de l’alimentation durable. 

Alors que la Cité de l’agriculture arrive au terme de ces expérimentations, ces paniers ont de beaux jours devant eux. En effet, ils sont renouvelés pour 1 an et repris par les Paniers Marseillais et l’association des Paniers de la Calade. 

Néanmoins, des questions subsistent : Comment ce dispositif contribue-t-il à l’accessibilité à l’alimentation durable ? A l’heure où le cadre politique d’un chèque alimentaire fait débat, qu’en sera-t-il de l’accès à ces paniers bio solidaires une fois le temps du projet et des subventions terminé ?  La suite dans un prochain article !

  1. Tristan Fournier, Julie Jarty, Nathalie Lapeyre et Priscille Touraille, « L’alimentation, arme du genre », Journal des anthropologues [En ligne], 140-141 | 2015, mis en ligne le 15 juin 2017, consulté le 12 juillet 2022. URL : http://journals.openedition.org/jda/6022 ; DOI : https://doi.org/10.4000/jda.6022
  2. Jara, Magali, Ivan Dufeu, et Laurent Le Grel. « Le réabonnement à un système de paniers : le cas des produits biologiques solidaires », Décisions Marketing, vol. 100, no. 4, 2020, pp. 97-116.
  3. Patrick Mundler, « Le prix des paniers est-il un frein à l’ouverture sociale des AMAP ? Une analyse des prix dans sept AMAP de la Région Rhône-Alpes », Économie rurale [En ligne], 336 | juillet-août 2013, mis en ligne le 15 juillet 2015, consulté le 13 juillet 2022. URL : http://journals.openedition.org/economierurale/3983 ; DOI : https://doi.org/10.4000/economierurale.3983
  4. Lanciano E, Saleilles S (2019) Diagnostiquer les pratiques pour favoriser l’accès à l’alimentation de qualité pour tous. 7èmes rencontres du GESS Gestion des Entreprises Sociales et Solidaires, Déc 2019, Valence, France. ffhal-02457627
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